Gregory Neubourg, de l’Association Belge pour la promotion des énergies renouvelables, et Julien Vandeburie, de Inter-Environnement Wallonie (Belgique), étaient les invités d’Arnaud Ruyssen dans Matin Première (radio Belge) pour débattre de la promotion dont le photovoltaïque fait l’objet.
On parle beaucoup du photovoltaïque – l’énergie produite par la transformation des particules lumineuses (les photons) sur une surface photosensible – mais il ne produit pas encore une part significative de l’énergie nécessaire. C’est une énergie qui peut certes compter à l’avenir, en complément d’autres sources d’énergie. C’est donc encore un marché en croissance, souligne Gregory Neubourg.
S’il est parfois question de « poule aux œuf d’or », Gregory Neubourg pense que c’est une phase classique. « Au début on lance le marché par des primes, ce qui permet à de nouveaux investisseurs de venir sur le marché, puis progressivement on diminue les primes ».
Cocktail magique
Il y a effectivement beaucoup d’aides et de primes qui se combinent actuellement, tant à Bruxelles qu’en Wallonie, pour rendre très vite rentable l’installation de panneaux photovoltaïques. Sur une longue période, les aides sont relativement comparables dans les trois régions, même si l’on considère la Flandre où l’octroi de primes a été intégralement remplacé par l’émission de certificats verts. Du côté des associations, on relève qu’un budget non négligeable (8 millions d’euros pour le plan Solwatt) a été accordé à la promotion du photovoltaïque alors qu’il n’y a pas eu le même effort pour d’autres dynamiques comme l’isolation, regrette Julien Vandeburie. Or, en termes d’efficacité énergétique et de lutte contre l’effet de serre, il vaut mieux d’abord isoler. « Le message des pouvoirs publics n’est donc pas très bon en la matière », conclut-il. Gregory Neubourg estime de son côté qu’il ne faut pas opposer l’efficacité énergétique d’une part et l’énergie renouvelable d’autre part. Selon lui, les deux doivent aller de pair face à la révolution énergétique qui se profile. Il reconnaît toutefois que l’isolation est actuellement trop peu soutenue.
Cependant les pouvoirs publics tentent de rétablir l’équilibre en favorisant désormais certains types d’investissement, comme l’isolation, via les prêts verts accordés sous certaines conditions de revenus.
Pour Julien Vandeburie, il faut veiller à donner un juste montant à chacun. Il faut privilégier ce qui a le plus d’impact sur le long terme lorsqu’on n’a déjà pas d’énormes disponibilités budgétaires. Cela veut dire qu’il faut voir comment assurer un correct développement sur le long terme au photovoltaïque sans mettre en péril l’investissement dans d’autres secteurs.
Effet d’aubaine
Beaucoup d’entreprises se sont créées dans le secteur. Est-ce un effet d’aubaine ? « Les primes ont permis de créer plus de 500 emplois directs en Région wallonne », souligne Gregory Neubourg. Le mécanisme des certificats verts permettra d’assurer le développement sur le long terme, comme l’a très bien compris la Flandre en planifiant jusqu’en 2020 les tarifs de rachat des certificats verts, qui sont une prime à la production d’énergie verte. Mais certaines entreprises profitent de cette situation de niche créée par les subsides et ne s’inscrivent pas dans la durée. Pour Julien Vandeburie, c’est un problème inhérent à la politique de primes en Région wallonne, mais c’est dangereux car tout peut s’effondrer si un problème budgétaire se pose pour l’octroi de ces primes. La planification à long terme, telle que pratiquée en Flandre, serait de ce point de vue plus efficace et durable.
Une énergie de complément
La place que pourrait prendre le secteur dans le total de l’électricité produite pourrait s’élever à 12% à l’horizon 2020. Mais ça ne va pas se faire uniquement en installant des panneaux: c’est aussi la moindre consommation qui permettra d’atteindre cet objectif et cela demande un effort. Gregory Neubourg relativise également le rôle que pourraient jouer de très grandes installations sur de vastes espaces, ce qui n’est pas faisable chez nous. Arnaud Vandeburie rappelle ce phénomène un peu paradoxal qui rend le photovoltaïque plus productif sous notre climat où il pleut souvent, alors que lorsqu’ils sont recouverts d’un film de poussière dans les pays arides mais ensoleillés, ils perdent en efficacité ! Mais même si l’on peut placer de grands espoirs dans l’évolution technologique, c’est aussi une question de coût, souligne-t-il.
Gregory Neubourg tempère : la technologie est déjà bien mûre. Il n’y aura plus de grand saut qualitatif dans les 10 ou 15 prochaines années, par contre le coût va diminuer tandis que le prix de l’électricité produite de manière traditionnelle va augmenter. Comme la fabrication du produit est relativement polluante, si le bilan global est finalement positif et permet d’économiser beaucoup d’énergie, alors le jeu en vaut la chandelle et il faut promouvoir cette technologie.
(T. Nagant)